Education et pauvreté : quand ATD-Quart Monde et le réseau Don Bosco partagent leurs réflexions

5 avril 2025

Education et pauvreté : quand ATD-Quart Monde et le réseau Don Bosco partagent leurs réflexions

En France, trois millions d’enfants vivent dans des familles dont les revenus se situent sous le seuil de pauvreté : ce thème « Education et Précarité » ne peut laisser la famille salésienne de Don Bosco indifférente. Mardi dernier, 1er avril, la Fondation Don Bosco a réuni pour en débattre deux personnalités engagées, Marie-Aleth GRARD, présidente d’ATD-Quart Monde, et Jean-Marie PETITCLERC, salésien de Don Bosco, éducateur.

Frère Sébastien Robert, salésien, trésorier de la Fondation Don Bosco.

Un mot sur le contexte d’abord : il peut paraître surprenant de voir l’une des plus anciennes banques françaises (Cholet Dupont Oudart, fondé en… 1784 !) s’associer à deux fondations salésiennes (la fondation Don Bosco-Paris et la fondation du Bocage, de Chambéry) pour un événement. En fait, la banque Cholet Dupont Oudart a créé en 2022 avec la Fondation Don Bosco le fonds de partage « Education et dialogue », afin de financer des projets éducatifs en France et dans le monde. Le mécanisme est simple. Les investisseurs ne se départissent pas de leur capital et enregistrent leurs plus-values. La banque cède une partie de ses frais de gestion à la Fondation, qui dispose ainsi de revenus réguliers pour soutenir ses projets éducatifs. Cela n’engendre aucun coût pour l’investisseur, juste la décision de soutenir le fonds de partage.
Ce fonds (plus de 15 millions d’euros levés désormais) sera bientôt appuyé par un comité éthique pour s’assurer qu’il est conformité avec « Mensuram Bonam » du pape François. Autrement dit, que les investissements se font bien dans la droite ligne de la doctrine sociale de l’Eglise.

Clémence Houdaille.

Mais revenons au thème de cette soirée, qui a réuni 300 participants et fut animée par Clémence Houdaille, journaliste « Education » au journal La Croix.

Marie-Aleth Grard, présidente d’ATD-Quart Monde depuis 2020, rappela que son mouvement se bat depuis 60 ans pour une société où personne n’est laissé de côté : « La grande pauvreté, ce sont des questions de logements, d’emploi, de santé, de culture… mais aussi et surtout d’éducation. Ce sont des personnes qui n’ont pas la parole, des invisibles qui ont envie d’avoir une place dans la société. » Et de redire une conviction forte d’ATD-Quart Monde : « Toute mesure prise à partir des plus pauvres va profiter à tous, toute mesure qui n’est pas prise à partir des plus pauvres va les exclure. »

Jean-Marie Petitclerc, vicaire provincial des Salésiens de Don Bosco et coordinateur du réseau Don Bosco Action sociale, revint lui, en préambule, sur l’intuition du fondateur de la congrégation, saint Jean Bosco : « La capacité à éduquer est moins liée à l’organisation institutionnelle qu’à la qualité de la relation entre le jeune et l’adulte. » C‘est ce qu’expérimente chaque jour les éducateurs qui se réfèrent à la pédagogie salésienne, basée sur la confiance, l’espérance et l’alliance.

Mais la tâche est difficile, poursuit Marie-Aleth Grard : « Que peuvent faire les enseignants quand les familles vivent de chambre d’hôtel en chambre d’hôtel ? Ils n’ont pas le même quotidien. Vous ne pouvez pas imaginer comment il est difficile de connaître et comprendre la grande pauvreté. »

Marie-Aleth Grard.

Mais une chose est sûre, tous ces parents attendent beaucoup de l’école, même s’ils ont parfois des difficultés à trouver les mots pour le dire : « Vous n’imaginez pas à quel point la grande précarité casse terriblement l’estime de soi (…) Et pourtant, ces parents, en grande difficulté, qui vivent en cité, en bidonville ou qui vont d’hôtel et hôtel, quand on les interroge nous disent : l’école va permettre à mon enfant d’avoir une vie meilleure. »

« Chez Don Bosco, on le sait bien : le premier facteur de l’échec scolaire, ce n’est évidemment pas le niveau d’intelligence, c’est le déficit d’attention. La précarité (2000 enfants vivent dans la rue dans notre pays !) crée un tel sentiment d’insécurité que ces jeunes arrivent à l’école avec trop de choses dans la tête. Finalement, réussir à l’école, ce n’est pas avoir une tête bien pleine, c’est au contraire pouvoir se vider la tête en arrivant à l’école chaque matin » enchaîne le père Jean-Marie Petitclerc. Et d’évoquer un autre aspect de la pédagogie salésienne : « La valorisation de la réussite. Le point-clé, c’est de faire découvrir la joie de réussir. » Et de prendre en exemple le professeur de sport qui, en cours de saut en hauteur, démarre à 80 centimètres pour ensuite monter la barre. Jamais l’inverse…

Jean-Marie Petitclerc

Pour redonner confiance, il faut aussi, assure la présidente d’ATD-Quart Monde, « savoir, oser prendre le temps » : « Si nous voulons nous comprendre, en nous écoutant réciproquement, il faut savoir prendre le temps. » Un temps que l’institution ne maîtrise pas toujours, ajoute Jean-Marie Petitclerc, citant un travail de François Le Clère, ancien directeur général du Valdocco, sur le décrochage scolaire : « Quand un jeune décroche, quitte l’école, les premiers jours sont enthousiasmants. Il est heureux, tranquille chez lui, c’est comme des vacances. C’est à ce moment-là que les institutions le relancent. Mais lui n’est pas motivé. Puis, le temps passe et cela s’inverse : le jeune s’ennuie, serait prêt à se laisser convaincre… mais l’institution est passée autre chose, c’est elle cette fois qui est démotivée… »

 

Photos : frère Maria Arockiaraj DOSS, salésien
Texte : Benoit DESEURE

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