P. Jean-Marie Petitclerc sur RCF : « Poser un regard bienveillant sur la jeunesse »
30 janvier 2021

Chaque mercredi matin, RCF diffuse sur ses ondes nationales la chronique des Salésiens. Cette semaine, le père Jean-Marie Petitclerc, salésien de Don Bosco, éducateur, coordinateur du réseau Don Bosco Action Sociale (DBAS), nous propose : « Poser un regard bienveillant sur la jeunesse ».
Durant cette semaine, de Toulon à Lille, de Mulhouse à Angers, tous les jeunes de nos maisons salésiennes, en partageant leurs talents, ont célébré Don Bosco, dont la fête liturgique est le 31 janvier. Et ceci est également vrai dans les 137 pays où salésiennes et salésiens de Don Bosco sont présents. Et je puis vous assurer qu’en cette période de morosité liée à la crise sanitaire, la joie était bien présente.
Cela fait-il encore sens aujourd’hui de fêter un prêtre-éducateur du XIXème siècle ?
Il est vrai qu’il peut paraître étonnant, pour des éducateurs du XXIème siècle, de se référer à une personnalité du XIXème, tant la situation actuelle est différente de celle d’alors. Mais ayons conscience que nos deux époques ont en commun de connaître d’importants phénomènes de mutation sur le plan sociétal. Au temps de Don Bosco, on passait de la société rurale et paysanne à la société urbaine et industrielle. Et voici que nous passons aujourd’hui à cette société post-industrielle, marquée par la révolution du numérique.
La question éducative se pose toujours de manière cruciale en période de mutation. Car, il est plus difficile d’être jeune, tant la projection dans l’avenir se révèle problématique. Comment, au temps de Don Bosco, le petit garçon, fils de paysan, petit fils de paysan pouvait-il se projeter dans un avenir d’ouvrier dans une de ces usines fumantes qu’il voyait poindre à l’horizon ? Et combien d’adolescents d’aujourd’hui ont du mal à se projeter dans l’avenir, lorsque les économistes nous disent que nous ne connaissons que 50% des métiers qui s’exerceront en 2050, qu’ils assistent à l’effondrement de pans entiers de l’économie traditionnelle, alors que les nouveaux métiers liés à l’e-économie ont du mal à se structurer.
Et il est aussi plus difficile d’éduquer, tant l’écart intergénérationnel se révèle plus important, à l’heure où certaines valeurs du monde ancien ont tendance à se fissurer.
Dans un tel contexte, Don Bosco était porteur d’une intuition qui me parait tout-à-fait pertinente pour notre aujourd’hui. Il était conscient que la capacité à transmettre, à éduquer serait beaucoup plus liée à la qualité de la relation éducateur / jeune plutôt qu’à la qualité organisationnelle du système institutionnel. Il pensait déjà – et les faits, je crois, lui ont donné raison -, que l’autorité serait de moins en moins liée au statut de celui qui l’exerce, et de plus en plus à la crédibilité de celui qui en est le porteur.
Ainsi nous lègue-t-il une pédagogie fondée sur la qualité de la relation éducateur/jeune.
Comment peut-on la résumer ?
Je le ferai par ces mots : « Sans affection, pas de confiance ; sans confiance, pas d’éducation ! » Tel est le fil rouge de sa pensée éducative. Eduquer nécessite que soit créé un lien de confiance avec le jeune, et ceci n’est possible que si le jeune sent le regard de bienveillance que porte sur lui son éducateur.
En un temps de profonde mutation, voici que Don Bosco montre qu’un changement de regard sur la jeunesse est nécessaire et possible. Il ose dire non à l’exclusion, non à la violence, oui au respect de l’autre, oui à la douceur.
Et 200 ans après, voici qu’on continue de se référer à ses paroles, qu’on continue d’adopter ses postures…
Jean-Marie Petitclerc
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